Fin juin, j’ai troqué mes sorties solitaires pour quelque chose de tout autre : une échappée de groupe organisée par Motorsports, le concessionnaire Royal Enfield au Maroc. Une trentaine de motos, cap sur les hauteurs de l’Atlas et sur le lac de Bin El Ouidane, pour une nuit et deux jours de route entre passionnés. Rouler seul est une forme de méditation. Rouler en tribu est une fête. Voici le récit de cette fête.
Le rendez-vous était donné à la concession Royal Enfiel de Marrakech en début de matinée, à l’heure où la ville hésite encore à se réveiller après une longue semaine de travail sous la chaleur. Et là, déjà, le spectacle : une trentaine de Royal Enfield alignées, de tous les modèles, du roadster classique au trail baroudeur, en passant par les cruisers. Des chromes qui accrochent la première lumière, des réservoirs rutilants, et surtout des sourires. Car avant même de rouler, une sortie comme celle-ci commence par des retrouvailles.
Il y a quelque chose de particulier à se retrouver au sein d’un groupe de motards. On vient d’horizons différents, on ne se connaît pas toujours, et pourtant on se comprend d’emblée, unis par la même passion. Ma Royal Enfield Super Meteor avait trouvé sa place au milieu de ses cousines, et j’avoue une certaine fierté à voir tant de ces machines réunies, elles qui cultivent le plaisir de rouler plutôt que la course à la performance.
Puis le grondement monte, une trentaine de bicylindres qui s’éveillent en même temps, ce son rond et grave qui vous prend au ventre. Le briefing, quelques consignes de sécurité, l’ordre de marche, et l’on s’ébranle. Trente motos qui quittent Marrakech en file, c’est une petite armée pacifique qui s’en va chercher la montagne. Les passants se retournent, les enfants font signe. On se sent, l’espace d’un instant, un peu invincibles.
Rouler en groupe est un art différent de la balade solitaire. Il faut trouver sa place dans la formation, garder la bonne distance, veiller sur celui qui précède et sur celui qui suit, communiquer par gestes. On perd un peu de sa liberté individuelle, mais on gagne autre chose : le sentiment d’appartenir, de faire corps, d’avancer ensemble vers un même but.
Et puis il y a la magie du regard des autres. Quand une file de trente motos traverse un village, c’est une petite fête ambulante. Les autres usagers de la route s’écartent avec le sourire, les motards que l’on croise en sens inverse lèvent la main, ravis et un peu envieux. Ce salut des motards que j’aime tant se démultiplie, comme si toute la fraternité de la route s’était donné rendez-vous ce jour-là sur nos itinéraires.
La route s’est faite montagne à mesure que nous montions vers Azilal. La plaine du Haouz a laissé place aux reliefs, la chaleur s’est adoucie, les paysages se sont élargis. Les kilomètres défilaient sans qu’on les compte, portés par le plaisir simple de rouler en bonne compagnie, avec des arrêts réguliers pour se regrouper, boire un café, échanger quelques mots et repartir.
À Azilal, le déjeuner fut un moment de convivialité comme la route sait en offrir : une longue tablée de motards affamés, le récit des premières impressions de la matinée, les rires, les taquineries entre modèles de motos. Puis, à peine rassasiés, l’envie de repartir, car le plus beau nous attendait encore.
La fin d’après-midi nous a menés jusqu’aux bords du lac du barrage de Bin El Ouidane, et là, le souffle s’est coupé. Après des heures de route et de reliefs arides, ce grand miroir d’eau turquoise blotti au creux des montagnes est une apparition. On coupe les moteurs, on ôte les casques, et l’on reste un moment à contempler, incrédules, ce bleu profond cerné de sommets.
Poser sa moto au bord d’un tel lac après une journée de route, c’est le genre de récompense qui donne tout son sens à ces échappées. La lumière déclinait, dorant l’eau et les crêtes, et l’on savourait cette fatigue heureuse, celle du corps qui a pris l’air et des yeux qui se sont remplis de beauté.
La nuit venue, la vraie richesse de ces sorties s’est révélée : les gens. Une soirée entre passionnés de moto a une saveur particulière. On refait la route de la journée, on parle machines et mécanique, on échange des projets d’itinéraires, on rit beaucoup. Les différences de la vie ordinaire s’effacent, il ne reste que ce dénominateur commun, l’amour des deux roues, et il suffit à créer des liens d’une sincérité rare.
J’ai souvent écrit ce que la route m’a appris ; ce soir-là, au bord de l’eau, elle m’a rappelé une évidence de plus. Les plus belles amitiés naissent souvent d’une passion partagée, sans qu’on ait besoin de rien expliquer. On était trente inconnus au départ de Marrakech. Au bord du lac, on était une bande.
Le lendemain matin, changement d’élément : après la route, l’eau. Le lac de Bin El Ouidane se prête merveilleusement aux activités nautiques, et nous en avons profité, histoire de délasser les muscles endoloris de la veille et de prolonger le plaisir autrement. Il y a quelque chose d’un peu irréel à naviguer sur un lac de montagne au Maroc, loin de l’image que l’on se fait du pays, et c’est précisément ce genre de surprise que j’aime tant offrir et vivre.
Puis vint l’heure de reprendre la route vers Marrakech. Le retour d’une sortie réussie a toujours ce goût doux-amer : la fatigue heureuse et la légère mélancolie de voir la fête s’achever. Mais on rentre riche de kilomètres, d’images et de visages nouveaux, avec déjà l’envie de la prochaine.
C’est cela, au fond, la magie de ces échappées de groupe. On part pour rouler, on revient avec des amis. Un immense merci à Motorsports pour l’organisation de ces belles retrouvailles, et à tous les compagnons de route de ces deux jours. La montagne, le lac et la tribu nous attendent déjà pour la prochaine.
Et vous, avez-vous déjà vécu une sortie de groupe, à moto ou dans une autre passion ? Qu’est-ce qui vous marque le plus dans ces aventures collectives, la route ou les gens ? Racontez-moi en commentaire, et si vous roulez, peut-être à bientôt sur nos routes.