Une main qui en soutient une autre dans une lumière douce sur fond indigo — l'entraide et la solidarité au cœur de l'engagement associatif.

Français du Monde à Marrakech : tendre la main

Le milieu associatif français à Marrakech, et pourquoi je continue de m’y engager.

On imagine volontiers la vie des Français installés à l’étranger comme une longue carte postale : le soleil, la douceur de vivre, l’insouciance. La réalité est plus nuancée. Derrière les terrasses ensoleillées, il y a des gens seuls, des gens fragiles, des gens perdus dans des démarches qui les dépassent. C’est à eux que pense, chaque jour, le tissu associatif français de Marrakech. Et c’est de cela, humblement, que je voudrais parler, parce que ce travail-là se fait sans bruit, et qu’il mérite qu’on en dise un mot.

Il y a des engagements qui ne s’arrêtent pas, ils changent seulement de forme. J’ai eu l’honneur, pendant quelques années, de servir la communauté française de Marrakech comme Conseiller des Français de l’étranger: un mandat électif, institutionnel, fait de conseils consulaires, de dossiers, de représentation. Ce mandat s’est achevé fin mai 2026. Mais l’envie de servir, elle, n’a pas pris sa retraite. Elle a simplement trouvé un autre chemin : l’associatif.

D’un engagement à l’autre

Aujourd’hui, et pour encore un peu plus d’un an, j’ai la responsabilité de présider la section de Marrakech de Français du Monde, une association reconnue d’utilité publique qui rassemble et accompagne les Français établis hors de France, autour de trois valeurs simples et exigeantes : la solidarité, l’humanisme, l’engagement civique.

Le passage de l’un à l’autre m’a beaucoup appris. Comme élu, on porte une voix, on siège, on représente ; le travail est réel mais parfois lointain, médiatisé par les institutions. Dans l’associatif, la distance disparaît. On est au contact direct, sans filtre : une personne, un problème, un coup de main. Là où le mandat parlait au nom de la communauté, l’association agit auprès d’elle, une situation après l’autre. J’ai découvert, en changeant de casquette, que ces deux formes d’engagement ne s’opposent pas, elles se complètent. L’une défend des droits ; l’autre soigne des solitudes. Il faut les deux.

Une communauté qu’on imagine mal

Car la communauté française de Marrakech n’est pas ce cliché de retraités heureux qu’on se figure de loin. Elle est infiniment plus diverse : des familles, des actifs, des étudiants, des binationaux, des personnes âgées parfois très isolées, des nouveaux arrivants désorientés, et des voyageurs de passage qu’un imprévu laisse soudain démunis, loin de tout repère.

L’expatriation, aussi choisie soit-elle, a un revers dont on parle peu : elle peut isoler. On est loin de sa famille, de ses amis d’enfance, des réflexes d’un pays qu’on connaît par cœur. Quand survient une difficulté (une maladie, un deuil, un accident de la vie, un problème administratif inextricable), cet éloignement se paie cash. C’est précisément là que l’association prend tout son sens : offrir, à ceux qui n’en ont plus, un filet et une présence.

L’administration, ce labyrinthe

Il y a d’abord le maquis administratif. Vivre entre deux pays, c’est vivre entre deux administrations, deux logiques, deux montagnes de papiers qui ne se parlent pas toujours. Retraites, état civil, documents à faire reconnaître, formulaires à remplir dans une langue de spécialistes : pour beaucoup, et notamment pour les plus âgés ou les moins à l’aise, ces démarches virent au cauchemar.

Accompagner quelqu’un dans ce labyrinthe, l’aider à comprendre quel papier va où, décrocher un téléphone à sa place, l’orienter vers le bon interlocuteur : cela paraît trivial. Ça ne l’est pas. Pour la personne en face, souvent au bord du découragement, c’est un soulagement immense, la preuve concrète qu’elle n’est pas seule à ramer. Une part essentielle du travail associatif est faite de ces gestes-là, minuscules et décisifs.

Rompre la solitude

Mais l’aide la plus précieuse n’est pas toujours pratique. Elle est humaine. Il y a, dans notre communauté comme dans toutes, des personnes que la vie a laissées seules: un conjoint parti, des enfants au loin, un carnet d’adresses qui s’est vidé avec les années. Pour elles, le plus grand service qu’on puisse rendre, ce n’est pas de remplir un dossier : c’est de frapper à la porte, de s’asseoir, d’écouter, de prendre des nouvelles.

Ce lien-là ne coûte rien et vaut tout. Un appel régulier, une visite, une invitation, la certitude qu’en cas de coup dur quelqu’un répondra : voilà ce qui change une vie d’isolement en vie tout court. J’ai vu des visages s’éclairer pour une attention qui, pour nous, ne demandait qu’un peu de temps. Rien ne m’a plus convaincu de l’utilité de notre présence que ces moments-là.

L’entraide, sans bruit

Et puis il y a tout le reste, ce travail de fourmi qui ne fait jamais les gros titres : accueillir les nouveaux arrivants et leur épargner nos erreurs de débutants ; dépanner un Français de passage qu’un pépin a mis en difficulté ; tisser, par des rencontres et des moments partagés, ce lien social qui empêche l’éloignement de devenir de l’exil.

Je tiens à le dire clairement : rien de tout cela n’est mon œuvre. C’est celle d’une équipe, de bénévoles qui donnent de leur temps sans rien attendre en retour, discrètement, fidèlement. Si je préside la section, le vrai travail est le leur autant que le mien, et souvent davantage. L’associatif m’a rappelé une vérité toute simple : les choses les plus utiles se font rarement sous les projecteurs, et presque toujours à plusieurs.

Pourquoi je continue

On me demande parfois pourquoi je m’investis ainsi. La réponse tient en trois fils entremêlés. Il y a le goût du service et du lien, qui ne m’a jamais quitté : aider, relier, être utile, c’est ma façon d’habiter le monde. Il y a l’empathie, aussi, je sais, pour l’avoir observé de près, combien l’expatriation peut isoler, et je ne peux pas regarder ailleurs. Et il y a, enfin, une forme de gratitude : j’ai beaucoup reçu, de la France comme du Maroc, et il me semble juste de rendre un peu de ce que la vie m’a donné.
Il y a peut-être une dernière raison, plus intime. Moi qui vis entre deux rives, aider la communauté française à se sentir bien sur cette terre marocaine que j’aime, c’est une manière de faire dialoguer mes deux appartenances. De bâtir, encore, un pont entre un pays et ceux de ses enfants qui vivent loin de lui.

Si vous avez besoin — et si vous voulez aider

Alors je terminerai par deux messages simples.

À tous les Français de Marrakech et de sa région qui se sentiraient seuls, perdus dans une démarche, ou traversés par une difficulté : vous n’êtes pas seuls. Français du Monde Marrakech est là pour cela. N’hésitez jamais à pousser la porte : demander de l’aide n’est pas une faiblesse, c’est une intelligence.

Et à celles et ceux qui ont un peu de temps, de savoir-faire ou simplement d’envie : rejoignez-nous, soutenez-nous. Une association ne vaut que par les mains qui la font vivre, et il y a toujours de la place pour une paire de plus. L’entraide n’attend que d’être partagée.

Et vous, quel rôle l’entraide et le milieu associatif ont-ils joué dans votre vie d’expatrié — ou près de chez vous ? Avez-vous, un jour, été aidé, ou aidé quelqu’un, loin de tout ? Racontez-le en commentaire : ces histoires-là méritent d’être dites.

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4 réponses

  1. merveilleux témoignage Fouad, il me semble que tu as tout dit!
    la plus grande satisfaction dans cette action de bénévole est de voir le sourire revenir sur le visage d’une personne qui est arrivée vers nous en difficulté!
    le sentiment de l’accomplissement d’une action qui ne fait que du bien, qui relie, qui rassure.
    merci pour ce beau partage!

    1. Merci Véronique, mais tu parles d’or, alors laisse-moi te renvoyer le compliment : quand j’écris que le vrai travail est celui des bénévoles, c’est aussi de toi que je parle. Tu n’es pas seulement une lectrice de ce texte, tu en es l’une des mains.
      Tu as mis le doigt sur l’essentiel, ce que je n’ai pas su dire aussi bien : ce sourire qui revient sur un visage arrivé fermé, c’est là toute la récompense. Pas de médaille, pas de projecteur, juste ce visage qui se rallume — et la certitude d’avoir fait quelque chose qui ne fait que du bien. C’est peu de chose et c’est tout. Merci d’être de cette équipe-là. À très vite sur le terrain.

  2. Merci pour cette belle description de ton engagement et de ta motivation.
    Je te recontacte sans problème dès que possible.
    Merci Fouad

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